Certains dédommagements possibles en cas de congédiement sans motif sérieux

29 juillet 2020
congédiement sans motif sérieux

Les lois en matière de droit du travail sont nombreuses et apparaissent parfois contradictoires aux yeux du profane qui tente de s’y retrouver. Le présent article vise à débroussailler certains aspects en matière de congédiement, sujet malheureusement incontournable quand il est question de gestion de personnel.

Aux fins de cet article, nous nous limiterons aux recours possibles en vertu du Code civil du Québec (C.c.Q.) lorsqu’un salarié est congédié sans motif sérieux (mais sans discrimination selon la Charte des droits de la personne). Ce sont les recours qui sont ouverts au plus grand nombre de personnes, la définition du terme « salarié » y étant particulièrement large. Ces recours découlent du contrat de travail et en sont donc exclus les travailleurs autonomes, puisqu’ils n’ont pas de contrat de travail au sens du Code civil du Québec et les salariés syndiqués, pour lesquels le Code du travail prévoit des recours exclusifs. Les commentaires qui suivent ne visent pas non plus la plainte pour congédiement sans cause juste et suffisante qu’un salarié peut loger en vertu de l’article 124 de la Loi sur les normes du travail.

De plus, nous ne traiterons que du cas où le contrat de travail est à durée indéterminée, ce qui est aussi le cas le plus fréquent.

Nous examinerons donc ce à quoi les salariés congédiés dans de telles circonstances peuvent avoir droit selon la loi.

Code civil du Québec (C.c.Q.)

Contrairement à la Loi sur les normes du travail, il n’existe pas de disposition dans le Code civil du Québec qui puisse obliger l’employeur à reprendre le salarié à son emploi.

L’article 2091 C.c.Q. prévoit qu’en l’absence de motif sérieux, « chaque partie à un contrat de travail à durée indéterminée peut y mettre fin en donnant à l’autre un délai de congé », c’est-à-dire un préavis de départ. Ce préavis peut être donné en temps, mais le plus souvent, l’employeur paie au salarié l’équivalent en argent et le dispense de venir travailler. Mais attention, si l’employeur abuse de son droit, il pourra être condamné à des dommages moraux ou punitifs.

L’article 2091 est d’ordre public, ce qui signifie qu’il est obligatoire et que toute convention à l’effet contraire est nulle. On ne peut pas y renoncer d’avance.

La durée du délai de congé à accorder varie selon toutes les circonstances du dossier incluant la nature de l’emploi, des circonstances particulières dans lesquelles il s’exerce et de la durée de la prestation de travail. Une méthode de calcul particulièrement répandue est d’accorder un certain nombre de semaines de salaire par année de service. Il est exceptionnel de dépasser un mois de salaire par année de service.

L’âge et la capacité du salarié à se trouver un autre emploi, la formation générale requise et l’importance du poste sont autant de critères qui peuvent militer pour un préavis plus ou moins long.

Il serait exceptionnel qu’un tribunal accorde plus qu’un total de 24 mois de délai de congé.

Étant donné la formulation de l’article 2091 C.c.Q., l’employeur doit payer à titre de délai de congé toute la rémunération à laquelle l’employé aurait eu droit lors de cette période ou un équivalent (salaire, certains avantages sociaux, bonis, commissions, etc.). Ces éléments sont des questions de faits qui peuvent varier selon les circonstances de chaque dossier, ce qui rend la tâche plus difficile pour quiconque tente de prédire avec exactitude les conclusions d’un tribunal si le dossier se rend à jugement. Cette situation ouvre toutefois la porte à la négociation dans plusieurs cas.

En plus du délai de congé, il arrive que, dans des circonstances exceptionnelles, l’employeur se voie condamné à payer des dommages moraux et punitifs. Il faut pour cela que l’employeur ait commis une faute distincte et caractérisée lors du congédiement1. Le fait de mettre fin au contrat de travail, même sans motif sérieux, ne constitue pas une faute selon la loi. Les exemples les plus courants de ce type de dommages découlent de cas où l’employeur s’est particulièrement mal comporté lors du congédiement lui-même, par exemple, en humiliant le salarié devant tous ses collègues.

Les dommages moraux accordés par les tribunaux ont beaucoup varié dans le temps, mais afin de donner une idée de l’ordre de grandeur, il est très rare de voir des dommages de 50 000 $ et plus et la plupart des cas se situent à moins de 10 000 $.

Il arrive que le contrat de travail prévoie le montant d’une indemnité convenue entre les parties en cas de terminaison du contrat d’emploi. Puisque le salarié ne peut renoncer d’avance à un délai de congé raisonnable auquel il a droit, il pourra s’adresser aux tribunaux sans que cette clause puisse lui être opposée. Par contre, si cette clause lui est plus avantageuse que ce que l’article 2091 C.c.Q. prévoit, elle sera opposable à l’employeur.

Finalement, il faut aussi compter les investissements en temps et en argent qu’implique un procès pour chaque partie. Le juge ne peut pas condamner la partie qui perd aux honoraires des avocats (encore une fois, sauf exception) et c’est donc un coût qu’il faut prendre en considération à toutes les étapes du dossier. Il faut en conclure que plus vous contactez un avocat tôt dans le dossier, meilleures sont vos chances de minimiser vos coûts totaux.

L’obligation de minimiser ses dommages

De son côté, le salarié a l’obligation légale de minimiser ses dommages. Dans la plupart des cas, il est sans revenu pendant les procédures et il aura intérêt à chercher activement un autre emploi, quitte à en trouver un moins bien rémunéré. L’employeur pourra demander au tribunal de diminuer l’indemnité de délai de congé des sommes gagnées par l’employé pendant les procédures.


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